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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 10:30
Le retour du Général                

de Benoît Duteurtre
Mis en ligne : [5-04-2010]
Domaine : Lettres
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Benoît Duteurtre, né en 1960, est romancier, essayiste et critique musical. Après Le voyage en France (Gallimard, prix Médicis 2001), Service clientèle (Gallimard, 2003), et La petite fille à la cigarette (Fayard, 2005), il a publié récemment La cité heureuse (Fayard, 2007), Les pieds dans l'eau (Gallimard, 2008), Ballets roses (Grasset, 2009).


Benoît Duteurtre, Le retour du Général Paris, Fayard, mars 2010, 219 pages.


Présentation de l'éditeur.
Le général de Gaulle est de retour. Après un appel à la résistance, prononcé lors d'un piratage télévisuel, il se lance dans une ultime bataille pour la " grandeur de la France ". Toujours vaillant sous son képi à deux étoiles. ce revenant passionne l'opinion publique. A-t-il vécu jusqu'à cent vingt ans ? S'est-il fait hiberner comme le héros de Louis de Funès ? S'agit-il d'un imposteur ? Dans cette fantaisie romanesque. Benoît Duteurtre revisite la mythologie française et sa dernière figure légendaire - confrontés aux urgences de la mondialisation. Réflexions et observations sur l'époque alternent avec le portrait de ce Général un peu foutraque qui reprend le pouvoir, parle comme un révolutionnaire et ranime jusqu'à l'absurde les idéaux de la vieille Europe.

La critique de Baptiste Liger. - Lire, n°383, mars 2010.
 La révolte de l'oeuf mayonnaise. Connaissez-vous la recette de la mayonnaise ? A tous ceux qui n'auraient jamais ouvert un livre de Michel Oliver, rappelons qu'il faut réunir un jaune d'oeuf, de l'huile d'arachide (ou d'olive), du sel, du poivre, du vinaigre et de la moutarde - certains ajoutent du citron, d'autres un peu de ciboulette ou de curry. Que viennent faire ces considérations gastronomiques dans la critique du dernier roman de Benoît Duteurtre ? C'est que la guerre de l'oeuf mayonnaise a commencé. Le héros du Retour du Général est en effet parti en bataille le jour où, dans un bistrot parisien, on lui a servi ce classique de la restauration nationale avec une sauce même pas "maison". Comment peut-on proposer aux clients un tel ersatz industriel ? Le cafetier bredouille quelques explications malheureuses, avançant une "nouvelle norme d'hygiène" et une "directive de Bruxelles" relative aux sauces émulsifiées. Il n'en faut pas plus à ce consommateur nostalgique et enragé pour lancer une pétition en faveur de l'oeuf mayonnaise de tradition. S'il ne partage pas forcément ce combat, Mustapha Zeggaï n'en est pas moins remonté contre cet Hexagone qui perd ses valeurs. D'origine algérienne, cet infirmier se prépare à une soirée tranquille en famille, devant la télé, avec sa femme et son fils Maurice. C'est alors qu'en plein milieu de l'émission Le Grand Voyage, la petite lucarne se brouille. Toutes les chaînes semblent phagocytées par un mystérieux faisceau unique. Apparaît soudain à l'écran un vieillard en uniforme bien connu, lançant un appel au bon peuple : "Moi, général de Gaulle, j'invite les citoyens français, avec leur intelligence et leur volonté [...], tous ceux qui partagent notre colère devant la situation à laquelle est réduit notre pays - comme la protestation autour de l'oeuf mayonnaise en a donné l'illustration - à se mettre en rapport avec moi..." S'agit-il du canular d'un humoriste connu ? Ou l'homme de Colombey-les-Deux-Eglises revient-il de l'au-delà avec tante Yvonne pour sauver un pays qui part à vau-l'eau ? Il fallait bien l'imagination de Benoît Duteurtre pour nous offrir cette fable truculente. Portrait d'une France dépassée par les enjeux de la mondialisation, Le retour du Général en agacera peut-être certains, à cause de sa mélancolie certes joyeuse mais un peu réactionnaire (le péché mignon de Duteurtre). Le ton est drôle, enlevé, vachard, et certaines saynètes irrésistibles appuient judicieusement là où ça fait mal. Bref, la mayonnaise a pris. Reste à cuire les oeufs durs...

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 11:30
Petit monarque                        
et catacombes
         


de Olivier Maulin
Mis en ligne : [8-03-2010]
Domaine : Lettres

 

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Olivier Maulin, né en 1969, est écrivain. Il a été sacré "Prince des poètes"  en novembre 2009. Il a publié récemment  En attendant le roi du monde (L’Esprit des Péninsules, 2006), Les évangiles du lac (L'Esprit des Péninsules, 2008), Derrière l'horizon (L'Esprit des Péninsules, 2009).


Olivier Maulin, Petit monarque et catacombes Paris, Balland, L'Esprit des péninsules, octobre 2009, 286 pages.


Présentation de l'éditeur.
Palais de l'Elysée, 1992. Le président Mitterrand est malade, le régime usé. Rodolphe Stockmeyer, jeune dilettante, y effectue son service militaire, entouré d'une galerie de personnages hauts en couleur. Tandis qu'éminences grises et autres chargés de mission se débattent dans les affres de la basse politique, les couloirs du palais bruissent bientôt d'une surprenante nouvelle, celle du retour imminent du roi... Après En attendant le roi du monde et Les Evangiles du lac, Petit Monarque et Catacombes mêle avec brio humour féroce, satire politique et nostalgie d'un monde antérieur à la grande catastrophe, celle du désenchantement généralisé.

La critique de Pascal Magne. - Le choc du mois, n°35, novembre 2009. 
Maulin l'enchanteur. En attendant le roi du monde, son premier roman, avait réuni dans un même élan enthousiaste les critiques littéraires Jean-Claude Lebrun de L’Humanité et Christian Authier du Figaro Magazine, avant de remporter le prix Ouest France/Étonnants Voyageurs, en 2006. Autre exploit qui n’est pas près de se reproduire : Olivier Maulin avait réussi le prodige de réconcilier Points de vue et la revue Éléments ! Chapeau bas pour quelqu’un dont le manuscrit fut tout d’abord oublié dans un tiroir par Éric Naulleau, le patron des éditions L’Ésprit des Péninsules, l’alter ego d’Eric Zemmour dans l’émission « On n’est pas couché ». Il fallut une lettre d’insultes maulinesque en diable pour réveiller l’homme de lettres de sa torpeur, qui s’exécuta ensuite de bonnes grâces après avoir reconnu le talent du bonhomme. La publiera-t-on un jour cette lettre ? Il y a prescription.

À l’heure de clore (définitivement ?) sa trilogie avec la parution le mois dernier de Petit monarque et catacombes, toujours aux éditions L’esprit des Péninsules, et de partir vers d’autres horizons littéraires, notamment le roman policier, Olivier Maulin a eu la gentillesse de bien vouloir nous livrer quelques clés pour que les lecteurs du Choc du mois ne tombent pas tous de leur chaise en le lisant pour la première fois. Avis de tempête aux lecteurs distraits : la lecture de Maulin l’enchanteur est fortement déconseillée aux pisse-vinaigre et autres fesse-mathieu, qui se piquent de littérature. Scandales, cris d’orfraies et hululements moralisateurs assurés dès la troisième page… Faut reconnaître, c’est du brutal !

Maulin, c’est la puissance de feu d’une grosse farce poétique avec des personnages échappés de Voyage au bout de la nuit, et les flingues de concours d’un A.D.G. ou d’un Michel Audiard. Avec en prime, le goût des solstices païens, des bacchanales romaines et des banquets grecs à faire rougir les zombies de la gay-pride et tous les « mutins de Panurge » du Marais et de San Francisco réunis. La quarantaine venue, notre satiriste a fait sienne la remarque de l’écrivain colombien Nicolas Gomez Davila, auteur du trop peu connu Le Réactionnaire authentique : « Dans la société qui s’esquisse, même la collaboration enthousiaste du sodomite et de la lesbienne ne nous sauvera pas de l’ennui ». Comme dirait Suzy Fuchs : « Tu sais, il faut que tu comprennes une chose, c’est qu’on n’est pas des hippies pourris qui pensent que les esprits sont tous gentils. Nous, on sait qu’ils peuvent être terribles. Pigé ? » À l’instar de Lucien, le héros qui inspire ce triptyque anarchiste et royaliste, Maulin prône dans ses romans l’harmonie dans la débauche. C’est un symposiarque qui veut bien utiliser ses vices dans ses romans pour accéder à un état qui les transcende. « Il faut mettre du rite partout, sinon on est foutus », ne cesse d’affirmer ses personnages dans ses romans.

Comme ses illustres devanciers, Olivier Maulin n’a pas le cœur sec ni le cul serré quand il écrit. Il a la plume drôle, voire acide, et un talent de dialoguiste indéniable, que lui reconnaissent même ses détracteurs les plus acharnés. Ses héros ressemblent à s’y méprendre aux clochards célestes et aux perdants magnifiques, chers à l’ami Blondin. Ils ont d’ailleurs l’insulte abondante et le coup-de-poing facile devant la connerie contemporaine, surtout quand ils ont ingurgité quelques ballons de gentiane et pintes de bière. Mais pas que… Certains de ses personnages les plus exaltés ne répugnent pas aussi à passer à l’action directe contre les marchands du temple, aux coups d’État qui finissent mal et aux restaurations royales fantasmées. Il faut dire que Maulin est ouvert à tous les fanatismes pour la résurrection du Grand Pan. Chez cet Alsacien particulièrement attachant, l’ogre rabelaisien a décidé une fois pour toutes d’écraser le cartésien. Sa famille littéraire a des racines profondes qui plongent au cœur de l’Europe buissonnière : de l’anarcho-communiste tchèque Jaroslav Hasek, écrivant le burlesque Brave Soldat Chvéïk, à l’anarcho-païen finlandais Arto Paasilinna, inoubliable auteur du Lièvre de Vatanen. Comme eux, Maulin redoute par-dessus tout le désenchantement généralisé de la société occidentale. Son remède ? « Le retour du sacré et de l’oint royal ».

Maulin n’a jamais caché son inclination pour l’imaginaire et la langue médiévale. Qui est-il au juste? « Un chrétien paillard médiéval à la Léon Bloy, aimant le guignol et le grand style », nous a-t-il avoué après avoir vidé une bouteille d’un honnête picrate. Sous le sceau de la confidence, il a même parlé de la décadence de l’Europe, qu’il date du xve siècle, « à peu près l’époque où le peuple a cessé de danser dans les cimetières », amorçant selon lui une longue descente « vers l’ennui mortel et la civilisation bourgeoise ». Pourquoi pas, après tout… La littérature contemporaine ne l’inspire guère. Dans un récent entretien accordé à la revue Éléments, il avait même lâché, comme soulagé, qu’il n’en lisait plus pour se consacrer à présent exclusivement à la lecture de vieux ouvrages de fabrication de cloches d’églises, de livres pratiques sur l’élevage de porc et de vieux traités d’équitation à l’usage de la cavalerie française. Dont acte. Que dire de ses romans ? Il ne voit que cette phrase, de Davila toujours : « Le pur réactionnaire n’est pas un nostalgique qui rêve de passés abolis, mais le traqueur des ombres sacrées sur les collines éternelles ».

« C’est elle qui avait eu cette idée foireuse. Elle était d’origine portugaise et comme les choses n’allaient pas brillamment à Paris, elle avait pensé “rentrer au pays”. Cette conne m’avait transformé en immigré ». Le ton est donné. Avec son premier roman, En attendant le roi du monde, Maulin explorait les dédales de la tradition lusitanienne. En toile de fond ? Dom Sébastien, le roi caché qui restaurera le destin du Portugal pour établir le cinquième empire. Mais avant de se mettre en quête d’un roi qu’ils n’avaient d’ailleurs jamais eu l’idée de chercher auparavant, Romain et Ana vont échouer dans une pension de famille miteuse de Lisbonne. Rencontrer Dulce, une pétulante nymphomane, et Cécile qui aboie quand on la baise. Faire la connaissance de Pépé, un ancien colon d’Angola cloué sur son fauteuil roulant qui tape des fados à faire pleurer des bars entiers. Puis tomber sur Lucien, un grutier qui se prend pour un chaman, et parle en direct et sans intermédiaire avec le baron Roman Fédorovitch von Ungern-Sternberg. Lui, il voyage dans le monde des esprits dès qu’il fait l’amour. Le lecteur ne s’étonnera donc pas de croiser des anges pourchassés par une meute de cavaliers bouriates ni George Bush manquer de s’étrangler en avalant un bretzel. En le lisant, les puceaux pourront toujours apprendre quelques positions originales dans la partouze finale.

Prévenons les prudes derechef de jeter un voile pudique sur les pages décrivant la rencontre avec les esprits de la forêt dans le deuxième opus, Les Évangiles du Lac. Paru en 2008, ce roman d’initiation burlesque suit les pérégrinations d’un publicitaire trentenaire parisien, lassé par la vie de bureau, qui fait l’apprentissage du recours aux forêts le temps d’un week-end à Kruth, une petite bourgade des Vosges alsaciennes. Il y a aussi l’abbé Nonno, un curé de choc, en rangers, qui pensent que « c’est cuit depuis ce laïcard de Philippe le Bel », Suzy la païenne qui jette des crapauds dans les bûchers de la Saint-Jean en criant : « Tournez, tournez, cabus. Devenez aussi gros que mon cul », Fifty-Fifty « sept générations sur les rails dont trois dans le contrôle », disciple de Fourrier et mystiques du rail, un Grec, un écureuil et un simple d’esprit. Troisième et dernier tome, Petit monarque et catacombes nous plonge dans la mitterrandie finissante. Nous sommes en 1992. Rodolphe Stockmeyer, appelé deuxième classe, fils de vigneron, effectue son service militaire comme loufiat au vestibule d’honneur, au Palais de l’Élysée. La planque est bonne: il observe le président Mitterrand traîner son cancer dans un château à la dérive, en éclusant quelques bouteilles de Romanée Conti. Reste le point d’orgue, une scène qu’on lit et relit, une fois, deux fois en riant, dix fois en rêvant qu’elle se produise un jour :

« – Agence France Presse, bonjour, a dit une voix.

– Bonjour Monsieur, a répondu Pierrot. Je vous appelle pour vous communiquer une information de la plus haute importance.

– Je vous écoute.

– Alors voilà. Ce matin très tôt, il y a eu un coup d’État à l’Élysée…

Quelques secondes de silence du côté de l’AFP…

– Un coup d’État à l’Élysée ?

– C’est ça.

– Ne quittez pas.

Au bout du fil, des bruits de combiné et des murmures étouffés pendant une minute…

– Un coup d’État, donc… Vous pouvez m’en dire plus.

– Bien sûr. Avec la complicité de la garde républicaine, un petit commando dont j’ai l’honneur de faire partie a rétabli le roi sur le trône de France, à l’aube, sans tirer un seul coup de feu ni verser une goutte de sang.

– Bonne nouvelle, a dit le type. C’est une super info, les gars. Et comment il s’appelle votre roi ? Louis XXVI ?

– Bois-Bois Ier.

– Bois-Bois… Ier ? »       


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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 11:30
Souvenirs littéraires           

de Léon Daudet
Mis en ligne : [8-02-2010]
Domaine : Lettres

 

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Léon Daudet (1867-1942). Livres ou biographies récemment parus :  Eric Vatré, Léon Daudet ou le libre réactionnaire (1987, Editions France empire). -  François Maillot, Léon Daudet, député royaliste (1991, Editions Albatros). - Léon Daudet, Souvenirs et polémiques (1992, Robert Laffont, col. "Bouquins"). - François Broche, Léon Daudet, le dernier imprécateur (1992, Robert Laffont).


Léon Daudet, Souvenirs littéraires, préface de Kléber Haedens, Paris, Grasset, col. "Les Cahiers Rouges", octobre 2009, 570 pages.


Présentation de l'éditeur.
De 1880 à 1930, ces souvenirs du grand artificier de l'Action française couvre un demi-siècle de vie artistique et politique : du naturalisme et de la décadence fin de siècle à l'entre-deux-guerres, avec un détour sur les routes sillonnées par la bande à Bonnot... Hugo, Clemenceau, Zola, Maupassant, Wilde, Poincaré et autres gloires défilent dans une incroyable suite de portraits, de caricatures, d'analyses et d'anecdotes. Proust jugeait ces Souvenirs " prodigieux ", pour donner, " au-delà de la verve inouïe du récit et de la peinture, l'impression mystérieuse d'un âge d'or ". Les madeleines de Daudet sont explosives.

La critique de Bruno de Cessole. - Valeur actuelles, 7 janvier 2010.
Léon Daudet, le Saint-Simon de la IIIe. La scène se passe dans les années 1880. Le jeune Léon Daudet, alors élève au lycée Louis-le- Grand, est appelé à monter sur l’estrade pour recevoir les lauriers que lui ont valus ses succès scolaires. Au côté de son père, Alphonse Daudet, trône un éléphantesque vieillard – Ernest Renan – l’oeil mi-clos, qui lui susurre en l’embrassant : «Nous ferons de vous quelque chose ! » Peu après, dans l’appartement familial de l’avenue de l’Observatoire, un barbu à l’allure proconsulaire et à la trogne rubiconde, Léon Gambetta, apprenant que le jeune fils de son hôte se révèle un brillant sujet, lui donne solennellement l’accolade et lui glisse ces mots : « Nous ferons de toi quelque chose, la République aime les travailleurs ! » Puis c’est Victor Hugo en personne,«oracle trapu, aux yeux bleus, à la barbe blanche », mélange de noblesse émouvante et de burlesque, qui, la première fois qu’il le rencontre, lui pose sur le front une main bénisseuse en lui confiant : « Il faut bien travailler et aimer tous ceux qui travaillent ! ». Nanti de cette triple bénédiction, élevé dans la familiarité du sérail littéraire et politique grâce à son père, Léon Daudet (1867-1942) aurait dû finir dans la peau d’un notable de la IIIe République, académicien doré sur tranche, ministre ou, à tout le moins, sénateur, couvert de prébendes et de décorations.Tout à l’encontre, le léonin Léon, bête noire des politiciens de la IIIe, terreur des « rhéteurs bouffis de l’Assemblée nationale », connut un destin mouvementé de rebelle et de proscrit, mais aussi de formidable vivant et d’homme libre, justifiant le proverbe anglais selon lequel “chien de race se bat contre son père”. Cette irréductible indépendance de jugement entraîna l’élève de Burdeau (celui des Déracinés de Barrès), élevé dans la foi républicaine et laïcarde, à renier les “immortels principes” pour se convertir, par l’intercession de Maurras, au royalisme et à l’antiparlementarisme. Pour autant, il ne fut jamais le “godillot” obéissant qui suit, les yeux fermés, la “ligne du parti”. Contre les dogmes esthétiques de l’Action française, il ne se priva pas de défendre les hétérodoxes qui avaient su l’émouvoir, de Céline à Bernanos, de Debussy à Proust, de Gide à Claudel et jusqu’à Picasso. Et le polémiste qui ferraillait contre le Stupide XIXe Siècle avouait son admiration pour Balzac, Baudelaire et même Hugo. Élu en 1900 à l’académie Goncourt, au fauteuil de son père, il y affirma haut et fort ses préférences, à l’avant-garde de l’art et de la littérature, à l’étonnement de ses propres amis et, plus encore, de ses adversaires. À qui déplorait devant lui que Voyage au bout de la nuit manque d’égards pour la patrie, Léon, qui s’était battu pour l’attribution du prix Goncourt à Céline, aurait rétorqué : « La patrie, je lui dis merde quand il s’agit de littérature. » Le critique Edmond Jaloux n’avait pas tort de voir en l’auteur du formidable et picaresque Voyage de Shakespeare, « prodigieusement intelligent, d’une érudition gigantesque, d’une puissance de travail inimaginable », un « homme du XVIe siècle ». Au vrai, l’excès était la norme de Léon Daudet. Il y avait en lui du Rabelais et du Brantôme,mais aussi du Mirabeau et du Danton. Ardent, passionné, entier, il aimait le combat,la joute intellectuelle comme la bagarre physique (quatorze duels, d’innombrables algarades avec les forces de l’ordre en témoignent).Tel un bulldog, il prenait ses adversaires par la nuque et ne les lâchait plus, jusqu’à ce qu’ils crient grâce. Certes il a donné des coups, parfois assez bas, mais toujours de bonne foi,certes il a prodigué son talent de polémiste dans des causes indéfendables, l’antisémitisme, notamment, au temps de la Libre Parole de Drumont puis de l’affaire Dreyfus,avant de s’en détacher, mais il a connu également des épreuves, et de terribles : la mort de son fils Philippe, dont il a toujours cru qu’il s’agissait d’un assassinat et non d’un suicide, la prison, l’exil, la diffamation… Cet ogre n’a cessé pourtant d’aimer la vie sous toutes ses formes. Porté naturellement au lyrisme, à la santé et à la gaieté, il professait des goûts simples : « les belles-lettres, les belles femmes, les bonnes blagues, le bon vin, le commerce des gens gais et libres », les cafés et les auberges plus que les palaces et les musées de la vieille Europe. En homme de droite, c’est-à-dire en homme libre, le personnage est contradictoire, et attachant par cela même. Sa vie et son oeuvre le révèlent écartelé entre le sentiment et la raison, entre élans dionysiaques et quête de sérénité apollinienne. C’est en disciple de Pan que Barrès le voit, défilant à la tête des Camelots du roi,« rayonnant d’audace, de force et de joie, être venu du fond des âges, couronné de lierre, au milieu des cymbales et des tigres déchaînés », tandis que Bernanos le dépeint « tout étincelant de vie, d’audace, de gourmandise et de génie, avec son teint doré, ses yeux brefs, fulgurants, sa bouche nerveuse, cette voix de cuivre étrangement dominatrice, et tout à coup si caressante, jusqu’au rire pathétique où roule et se prolonge on ne sait quelle plainte secrète ». Homme de guerre, et de guerres civiles, le “gros Léon” s’ébroue, comme d’Aubigné ou Barbey d’Aurevilly, dans la violence, les discordes, les passions, la vie ardente et risquée, tout en aspirant à la restauration de l’ordre et de la paix,sous la tutelle d’une monarchie qui mettrait fin à la guerre franco-française et à la lutte des classes. Cette dualité se fait jour dans ses Mémoires et jusque dans son écriture d’une vigueur et d’une liberté presque expressionnistes. Marcel Proust, qui l’admirait, le tenait pour un nouveau Saint-Simon, sachant alterner, à l’instar de l’irascible “petit duc”, l’atrocité magnifique et la noble suavité dans d’inoubliables portraits. Dans ces charges, à la limite de la caricature, « les mots, écrivait Proust, chargés d’une puissance instable, entrent en déflagration d’images irrésistibles, avec une drôlerie immortellement géniale, que la raison ne connaît pas mais dont l’évidence s’impose et s’imposera toujours à quelque chose qui, sans être la raison, est commun à tous les lettrés ». Il est visible que le mémorialiste devait s’amuser beaucoup à croquer les passagers de cette nef des fous, et les éclats de rire qu’il arrache à son lecteur font, sans nul doute, écho à son propre rire,“hénaurme”, homérique, de Gargantua sans fiel. Car, si atroces que soient ses tableaux, particulièrement dans les descriptions physiques, ils ne portent jamais la marque du ressentiment, de l’hypocrisie et de la mauvaise foi. Comme Hogarth, Daumier, Goya ou Forain, Léon Daudet possédait le don de voir au-delà des apparences, de déceler la canaille ou l’imbécile, le Tartuffe ou le mufle, sous le plastron de l’homme du monde, du ministre, de l’académicien ; bref, avec un flair infaillible de limier, il débusquait la bassesse et la misère humaines sous les grandeurs d’établissement et les réputations les mieux établies. Et c’est franchement,hardiment,qu’il arrachait les masques et portait l’estocade. Sans haine, car, même en politique, ce chouan du Midi ne connaissait que des adversaires, non des ennemis,à l’exception de quelques-uns comme Malvy ou Briand. Pour avoir fait ses classes d’étudiant en médecine sous les professeurs Charcot, Potain, Péan et Brissaud, il avait le coup d’oeil d’aigle du clinicien pour dépiauter un crétin ou un charlatan. Essayiste, romancier, publiciste politique, biographe,conférencier,critique, il a parcouru tous les chemins de la littérature, mais c’est dans le journalisme et ses neuf volumes de Mémoires, couvrant cinquante ans de vie littéraire et politique,qu’il a exprimé le meilleur de son talent. L’anthologie que réédite Grasset dans la collection Les Cahiers rouges avait été composée et préfacée, avec intelligence et enthousiasme, par Kléber Haedens, qui en puisa la matière dans les neuf volumes des Souvenirs de Daudet, Fantômes et Vivants, Devant la douleur, L’Entre-Deux- Guerres, Salons et Journaux, Au temps de Judas, Vers le roi, la Pluie de sang, Député de Paris,Vingt-Neuf mois d’exil. À la source de ces Mémoires, nulle volonté de plaider pour sa paroisse, de légitimer ses actes, de rationaliser le passé, mais le désir « de montrer les choses et les gens dans leur lumière d’époque, sans rien atténuer ni rien forcer », avec pour fil rouge « la sincérité dans l’exactitude ».Un demi-siècle de vie française, à la fois intellectuelle et politique, de 1880 au début des années 1930, revit sous la plume étincelante du Saint-Simon de la IIIe République. Par son père, Léon Daudet tenait aux célébrités du second Empire, comme la princesse Mathilde ou Henri Rochefort, mais aussi à Victor Hugo, dont il devait épouser la petite-fille, Jeanne, aux frères Goncourt et à l’école naturaliste,de Zola à Mirbeau de Huysmans à Maupassant.Tout jeune, il a vu de près ces vieilles gloires sans se laisser subjuguer par une admiration béate, conservant sa liberté de jugement, sceptique devant Zola, mais admiratif devant Barbey d’Aurevilly. Plus tard, il a côtoyé Maurras et Bainville à l’Action française, Barrès, Clemenceau, Herriot, Poincaré, Daladier, Tardieu, Mandel, Blum et Briand à l’Assemblée nationale. Il a connu et aimé Edmond de Goncourt,Théodore de Banville, François Coppée, Henry Stanley, George Meredith… Ces fantômes glorieux, mais aussi les fantoches justement oubliés ressuscitent sous la plume vive, colorée, abondante du mémorialiste en de saisissants portraits ou d’incisifs croquis. Voici la princesse Mathilde « aussi pétrifiée et ligneuse que les aigles de pierre et de bois qui encombraient ses lugubres salons », Maupassant chez qui « on distinguait à l’oeil nu trois personnages : un bon écrivain, un imbécile et un grand malade, les deux premiers ayant tendance à s’absorber dans le troisième » ; Oscar Wilde, « lourd et flasque, hideux par le bas du visage et presque majestueux par le front, l’enchâssement de l’oeil et les temporaux, et dont la voix pâle et grasse sortait d’une affreuse bouche molle » ; Émile Faguet, « ramoneur halluciné, pion sans linge, chaussé d’incroyables croquenots, et répandant une odeur de soupe à l’oignon » ; René Doumic, « noyé mondain à la barbe pisseuse, aux joues creuses, au corps efflanqué […], sans goût, sans odeur et sans forme, dont la bile acrimonieuse coule à son insu, en filets saumâtres et ruisselets jaunâtres, tout autour de lui » ; le journaliste Ernest Judet, « grand diable gauche, tenant de la fouine géante et du Scandinave d’eau douce, habile de sa plume comme d’un manche à balai, pas bon, pas intelligent, intempestif, rancunier et roublard » et dont Daudet, l’ayant retourné sous toutes ses larges coutures pendant sept ans, écrit, avec cette invention langagière qui fait de lui le petit-neveu de Rabelais et l’oncle de Céline : « En vérité j’ai habité Judet, j’ai judeté dans sa judetière, comme un judouillard de judoire, et tout ce que je vais conter ici n’est que suc, quintessence, distillation de vain colosse, unique en son genre. » Mais trêve de citations ! Il faudrait trop citer, tant dans les portraits charges que dans les portraits sublimes, et dans les tableaux d’époque, de l’enterrement de Victor Hugo aux séances de la Chambre, des dîners de la Revue des Deux Mondes aux pèlerinages esthétiques et épicuriens en Angleterre et en Belgique. Car tout n’est ici que suc, quintessence, distillation du bonheur d’écrire et de l’ardeur de vivre.

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 11:30
Bonjour NewYork                 


de Françoise Sagan
Mis en ligne : [11-01-2010]
Domaine : Lettres

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Parmi les oeuvres de Françoise Sagan (1935-2004) récemment publiées: Maisons louées (Les Carnets de l'Herne, 2008), Le régal des chacals (Les Carnets de l'Herne, 2008), Au cinéma (Les Carnets de l'Herne, 2008), De très bons livres (Les Carnets de l'Herne, 2008), La petite robe noire (Les Carnets de l'Herne, 2008), Lettres de Suisse, (Les Carnets de l'Herne, 2008), Des yeux de soie, nouvelles (Éditions Flammarion, 1975 - rééd. Éditions Stock, 2009).


Françoise Sagan, Bonjour New York, Paris, Editions LGF, mai 2009, 90 pages.


Présentation de l'éditeur.
New York, Capri, Naples, Venise, Cuba, Jérusalem… autant de destinations d’écrivains, de milliardaires, d’assoiffés de vie et d’imprévus. De ces villes mythiques, Françoise Sagan rapporta des tableaux saisissant d’une plume vive et légère l’esprit de chaque lieu. La retrouver avec ces petits carnets de voyage est un pur bonheur. Bonjour New York rassemble quatre reportages de Françoise Sagan, écrits en 1956 pour le magazine Elle. Maisons louées réunit des articles publiés dans L’égoïste, L’Express, Elle, Vogue, Senso ou encore Le Monde.

Recension de L Hurtebise. - Le Magazine des Livres, juillet-août 2009.
Quand Sagan se promène... Sagan savait écrire, raconter des histoires, échafauder de doux romans autour de personnages nonchalants, élégants, sombres ou sombrant, fiers ou festoyant. Mais peut-être que le plus agréable dans les textes de Sagan, ce sont ces moments où elle parle d'elle, de ce qu'elle aime ou condamne, regrette ou espère. Ainsi, Bonjour New York apparaît comme une occasion de plus de se plonger dans ces instants où Sagan se promène et devise. Car elle avait ce pouvoir, que nous n'avons que rarement finalement : le pouvoir de voir. Grand bien nous fasse qu'une telle femme ait su écrire également. Bonjour New York, c'est Sagan en ballade. Elle se promène et décrit, ressent pour nous (Est-ce vraiment pour nous? pour qui ou quoi écrivait-elle ces chroniques impromptues sorties du grenier?) Elle nous présente New York est ses dieux, si semblables aux siens, elle qui regrette que les Américains ne sachent que "gagner du temps sans savoir en perdre". Elle nous présente Naples, la belle alanguie inutile, Capri à laquelle on s'habitue mal et qu'on ne supporte  de quitter. Elle nous montre et orchestre la noyade de Venise, mise en scène magistrale d'un naufrage inévitable. Cajarc et Jérusalem sont aussi de ce voyage clairvoyant, envoûtant. Mais lorsque Sagan parle de Cuba et de son périple vain pour rencontrer Fidel Castro, ce n'est plus un voyage à travers le monde, mais bel et bien à travers l'Histoire. Elle passe, petite Française avisée et avertie, au coeur des révolutions cubaines. C'est Sagan qui est dans l'Histoire. Puis juste après, elle dresse l'histoire, celle de la Terre, avec un culot sans précédent lorsqu'elle se met dans le même panier que Hitler, Néron et Proust, tous confondus dans leur amour de la nature. Quel beau passage que la description de la Terre, boule Mère, portant "l'humain contre son flan", Dame rebelle et fataliste tirant de son enfant, assis sur ses hanches épaisses, sa propre perte. Voilà une genèse qui fera sans nul doute son entrée dans les annales de la littérature. Enfin, il y a cette merveilleuse histoire du cheval, où l'animal se fait tout à la fois nouvelle victorienne, sauce Sagan, souvenir émouvant d'enfance, bête de course sauveur des finances, ami fidèle ou étalon fainéant, conquête de l'homme ou premier invité de Noé. Comment ne pas penser, en la lisant, que, du cheval, Sagan a tout dit en quelques pages. Objet de jeu, d'élégance et de vitesse, à son image... Lui succède ce qu'elle considère notre refuge à tous : le lit. Voilà donc Sagan telle qu'en elle-même, qui , lorsqu'elle se promène dans le monde, l'histoire ou ses passions, nous donne de ces leçons inoubliables, sans prétention, avec nonchalance et générosité. Un régal donc, à consommer de manière immodérée.

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 11:30
Le Club des Incorrigibles Optimistes     


de Jean-Michel Guenassia
Mis en ligne : [14-12-2009]
Domaine : Lettres

guenassia

Jean-Michel Guenassia est né en 1950 à AlgerLe Club des Incorrigibles Optimistes est son premier roman.


Jean-Michel Guenassia, Le Club des Incorrigibles Optimistes, Paris, Albin Michel, août 2009, 756 pages.


Présentation de l'éditeur.
Michel Marini avait douze ans en 1959. C'était l'époque du rock'n'roll et de la guerre d'Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l'arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux et tout ce qu'ils étaient. Ils s'étaient retrouvés à Paris dans ce club d'échecs d'arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu'ils étaient tous d'incorrigibles optimistes. Portrait de génération, reconstitution minutieuse d'une époque, chronique douce-amère d'une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l'ampleur du projet que par l'authenticité qui souffle sur ces pages.

Critique de Jean-Pierre Amette. - Le Point, 31 août 2009..
Guenassia et le bistrot des illusions perdues. Dans les années 60, à Denfert-Rochereau, il y avait un café, le Balto, tenu par un Auvergnat. Des jeunes viennent y faire des parties de baby-foot. Notamment un charmant lycéen, Michel Marini, qui avait 13 ans en 1960 et une passion, la photographie. Mais si on observe ce café, il comporte une discrète arrière-salle. Elle abrite un club de joueurs d'échecs qui ressemblent à des conspirateurs. Ses membres sont des réfugiés politiques : Russes blancs ou anciens communistes, Polonais, Tchèques, Hongrois, Grecs, Roumains ou Allemands de l'Est. Ils s'appellent Sacha, Igor, Vladimir, Werner, Tibor, Imré ou Léonid. Ils ont parfois un passé héroïque, comme l'antinazi Werner, projectionniste dans un cinéma de la rue Champollion, ou bien Léonid, qui fut un héros dans l'aviation de l'Union soviétique. Tous victimes de la guerre froide, du rideau de fer, du stalinisme et de la terreur policière. On les découvre grâce au jeune Michel, qui, par sa gentillesse, est adopté par ces naufragés. Par ailleurs, quand il rentre chez ses parents (commerçants dans l'électroménager vers les Gobelins), Michel retrouve son tendre père, d'origine italienne, fanatique de Verdi, une mère autoritaire et organisatrice, un grand frère, Franck, inscrit aux Jeunesses communistes, une soeur, Juliette, vrai moulin à paroles, et Vermont, le copain de Franck, qui, lui, rêve de faire la révolution en France en exterminant les opposants, se prenant pour Saint-Just et annonçant les maoïstes ou les trotskistes de Mai-68. Subtilement, avec rapidité, virtuosité et fluidité, l'auteur place ses personnages, nous offre des tranches de vie. L'opposition entre la vie familiale petite-bourgeoise de Michel le lycéen et l'arrière-plan tragique du stalinisme donne à ce roman une singularité, une originalité totales. Le Paris de l'époque est magnifiquement suggéré, entre la place Monge, la Contrescarpe et le boulevard Raspail. L'auteur, Jean-Michel Guenassia, né à Alger en 1950, a longtemps travaillé sur des scénarios de télévision. Il manifeste un naturel épatant pour développer une dispute à table, nous faire partager les discussions entre un Russe communiste et un Hongrois antistalinien. Il y a de l'allant dans ce feuilleton, une douceur dans la narration, des alliances réussies entre les truquages politiques de l'époque et l'innocence d'un lycéen. Et puis, Sartre vient s'installer au 222 du boulevard Raspail. Entre les victimes du stalinisme et l'arrivée de notre grand existentialiste, le raccourci est percutant. Enfin, le plaisir de retrouver la France grise du commissaire Bourrel et les verres en cristal de Baccarat mis sur la nappe le dimanche, les accords d'Évian (décidément, les eaux minérales ne réussissent pas à l'histoire de France), le procès de Marie Besnard, la mort de Camus, cette France bagnoleuse des week-ends en Normandie, de liquidation coloniale, de rêves à crédit et de plastiquages OAS. Il a fallu six ans à l'auteur pour venir à bout de ce roman-fleuve, commencé en mai 2002, achevé en décembre 2008. Il affirme qu'il est né d'une image. "Vers 1961-1962, dit-il, j'ai vu Kessel et Sartre jouer aux échecs dans un café du boulevard Raspail. Je n'avais rien lu d'eux. Souvent, quand j'en parlais, on me répondait : "Ce n'est pas possible, ces deux-là ne peuvent pas être copains." Et dans ce bistrot, il y avait deux Hongrois et deux, trois Allemands de l'Est." Étrange comment, à partir d'un bistrot, un livre se développe par ondes pour recomposer une époque. En tout cas, le chagrin et la pitié sonnent dans ce beau livre.

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 19:30
Journal                                     


de Valéry Larbaud
Mis en ligne : [16-11-2009]

Domaine : Lettres



Valéry Larbaud (1881, 1957), romancier, poète, traducteur, journaliste et grand voyageur est l'auteur de Fermina Marquez (1911), Barnabooth (1913), Enfantines (1918), Beauté mon beau souci ... (1920), Amants, heureux amants (1921), Jaune Bleu Blanc (1927), Aux couleurs de Rome (1938).


Valéry Larbaud, Journal, Paris, Gallimard, juin 2009, 1601 pages.


Présentation de l'éditeur.
Voici la nouvelle édition, très attendue, du Journal de Valéry Larbaud. La première, parue en 1954 et 1955 de son vivant, ne représentait qu'à peine la moitié du texte retrouvé et publié aujourd'hui. Plutôt que d'un journal, il faudrait parler de différents journaux, de celui de Paris en 1901 à celui d'Albanie en 1935. Bien sûr, l'oeuvre de l'écrivain est omniprésente. On la voit qui s'élabore, disparaît, reparaît. La vie aussi. Le Journal dévoile Larbaud au quotidien, avec ses manies, sa santé fragile, ses voyages, sa passion pour les langues et les littératures étrangères, sa gourmandise, son observation attentive de la beauté des femmes. Ce nouveau Journal a de quoi enchanter les fervents de Larbaud et leur apporter d'infinies découvertes.

La critique de Emmanuelle de Boysson. - Service littéraire, juillet-août 2009.

L'autre Valéry. La première édition du Journal de Valéry Larbaud ne représentait qu'à peine la moitié des journaux retrouvés et publiés aujourd'hui (1901-1935). De longs passages sont en anglais (on aurait aimé une traduction), d'autres ont été reconstitués à partir de fragments, de pages arrachées. Dans "son cher exutoire", Larbaud dévoile sa vie au quotidien avec ses manies, ses tics, ses obsessions : ses horaires, l'itinéraire de ses promenades avec son chien, ses visites au médecin. Cet enfant unique, surprotégé par sa mère, souffre de rhumatisme articulaire et des séquelles d'un paludisme contracté à Saint-Yorre où son père était propriétaire des sources. D'où une hyperexcitabilité cérébrale, des crises de Mood qui le poussent à s'isoler et le portent à la création. Fin gourmet, il partage avec son ami Léon-Paul Fargue (avec qui il fonde la revue "Commerce") des repas fins. Larbaud n'a jamais quitté l'enfance; il continue à collectionner des figurines de plom, apprécie la compagnie des petites filles, jusqu'à sa rencontre avec Maria, la femme de sa vie. D'une grande sensibilité artistique, il écume les musées en Angleterre ou en Italie. Lecteur boulimique, traducteur scrupuleux (de Ramon Gomez de la Serna, Butler...), ce dandy polyglotte qui ne cesse de lutter contre son mal, se fatigue autant des femmes que de la médiocrité de la littérature. Les négociations de boutiquiers à propos de Fermina Marquez, entre Fasquelle et Gaston Gallimard, le dépassent. Il est outré quand Malraux lui vole la vedette en lançant Faulkner à sa place. Entre les arrivés et les ratés, il n'y a qu'un pas. Fou d'"Ulysse", il co-traduit le roman de Joyce qui paraît en 1929. En 1934, il craint de rencontrer Sylvia Beach, l'éditrice : "Comment (Joyce) n'a -t-il pas pu voir à quel point la B(each) et l'autre (Adrienne Monnier), l'ont exploité, bafoué, dénigré". Atteint d'hémiplégie et d'aphasie en 1935, il passe les vingt-deux dernières années de sa vie cloué dans un fauteil. Avant de mourir, il se redressa et s'écria : "Adieu, les choses d'ici-bas".


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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 18:30
Les identités remarquables    


de Sébastien Lapaque

Mis en ligne : [12-10-2009]

Domaine : Lettres



Romancier, essayiste, critique littéraire au Figaro, Sébastien Lapaque a déjà publié plusieurs romans et recueils de nouvelles :  Les Barricades mystérieuses (Babel noir, 1998), Les Idées heureuses (Actes Sud, 1999),  Mythologie française (Actes Sud, 2002), ainsi que des essais et pamphlets:  Georges Bernanos encore une fois (Babel, 2002), Sous le soleil de l'exil, Georges Bernanos au Brésil (Grasset, 2003), Il faut qu'il parte (Stock, 2008), Sermon de Saint François d'Assise aux oiseaux et aux fusées (Stock, 2008). Egalement disponible chez Actes Sud,  Le Petit Lapaque des vins de copains (2006), dont paraît en septembre 2009 une édition mise à jour.
 

Sébastien Lapaque, Les identités remarquables, Paris, Actes Sud, Août 2009, 174 pages.


Présentation de l'éditeur.
"Tu vas mourir, aujourd'hui, et tu ne le sais pas encore." Dès la première phrase de cette chronique d'une mort annoncée - dès la première minute de cette journée particulière où se reflète la brièveté de toute existence -, un homme fait à la fois figure de héros et de victime. Et c'est lui, inconscient, égotiste et jouisseur, que le roman interpelle et tutoie comme s'il tendait à notre insouciante finitude un miroir. Plaisir de se croire si beau, privilège d'aimer, hélas fort mal, une exquise petite marchande de jouets, délice de convoiter une banquière aux yeux de biche, de se couler dans l'hédonisme d'une vie simplifiée. Mais en secret, une vierge froide et un tueur prédestiné trament le scénario de la vengeance familiale. Sur cette inexorable partition qui emprunte son tempo au roman policier, ses arpèges au catalogue de la consommation courante, ses harmoniques à la liberté de parole et son andante aux mirages des satisfactions éphémères, Sébastien Lapaque chante la vie derrière soi et salue, non sans ironie, le passage du temps.

Critique de Michel Crépu. - Revue des deux mondes, octobre-novembre 2009.

Journal littéraire. Resté un long moment perplexe à la lecture des Identités remarquables, très beau livre de Sébastien Lapaque, mieux connu, si je puis dire, pour la critique littéraire qu'il tient au Figaro que pour son travail d'écrivain. Or il y a bel et bien un travail à considérer. L'occasion m'en est donnée ici avec ce livre insaisissable, écrit à la première personne, un "je" annonçant d'emblée qu'il va mourir aujourd'hui, mais qui ne le sait pas encore.  Cet aujourd'hui, dirait-on, a une valeur autant métaphorique que circonstancielle, Lapaque jouant des deux avec finesses acuité, pudeur. Les souvenirs sont là, les corps désirables, la présence de Caroline, "la grâce de la rue qui le mène jusqu'à elle", tous ces menus détails du chemin, connus par coeur, récités comme un poème, les amitiés aussi bien, comme celle qui l'attache à Laroque le professeur.  Pour les souvenirs, il y en a beaucoup, ils forment comme un tissu, une substance de fond - mais rien ici qui emprunte à la fausse chronique autobiographique - et parfois ouvrant sur des blessures terribles. Ainsi le père qu'on devine, moqué par ses frères qui le traitent entre eux de "tapette", et l'enfant, son fils, entendant ces mots à la dérobée, les recevant comme un coup de poignard... Je m'en moque un peu, de l'intrigue, je préfère me laisser prendre par cette sensibilité à l'instant qui permet de tout filtrer jusqu'à un certain vertige. Un livre étrange, sans fond, certainement un des plus secrets de cette rentrée.

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 19:29
Carnets noirs
2007-2008

de Gabriel Matzneff

Mis en ligne : [22-09-2009]

Domaine : Lettres


 

Né en 1936, Gabriel Matzneff est romancier, journaliste, essayiste. Il a récemment publié:  Mamma, li Turchi ! (la Table Ronde, 2000),  Voici venir le fiancé (la Table Ronde, 2006), Vous avez dit métèque ? (la Table Ronde, 2008).


Gabriel Matzneff, Carnets noirs 2007-2008, Paris, Léo Scheer, mars 2009, 512 pages.


Présentation de l'éditeur
Les Carnets noirs de Gabriel Matzneff sont une œuvre unique, inclassable, qui n'a cessé de susciter admiration et débat, scandale et fascination. Matzneff, en choisissant de ne rien cacher de sa vie, de se montrer à nu, sans masque, a pris tous les risques. Le courage et la liberté se paient au prix fort quand l'ordre pharisaïque tente partout d'imposer sa loi. Les tomes déjà publiés de ce journal intime couvraient des années anciennes. Aujourd'hui, au nez et à la barbe de ceux qui voudraient le faire taire, des renégates acharnées à effacer les traces de leurs amours, des censeurs dont sans cesse de nouveaux interdits réduisent nos libertés, Gabriel Matzneff, stimulé par un sentiment d'urgence, livre, tant que cela demeure possible, les années les plus récentes de sa vie - cette vie à bout portant que défigurent tant de légendes. Le temps presse. Bientôt, l'œuvre sera achevée, mais l'élan qui la porte, et fait d'elle l'une des plus singulières de notre époque, est irrépressible : rien ne l'empêchera de s'accomplir.


Critique de Christopher Gérard - Le Magazine des Livres, n°17, mai 2009.

Le roman d’un pécheur. Avec les Carnets noirs, son Journal des années 2007-2008, Gabriel Matzneff livre son testament, le livre ultime. A la date fatidique du 31 décembre 2008, l’écrivain a en effet décidé de mettre un point final aux fameux moleskines que, depuis 1953, il remplissait de son écriture dansante. Cinquante-cinq ans de confidences prennent fin avec ce qu’il appelle son « chant du cygne », où il convoque tous ses « spectres chéris ». Raison de plus pour lire ces cinq cents douze pages sans dispersion aucune.

Débutant à Venise, les Carnets se terminent sur une note funèbre, celle des gondoles tendues de noir. Le désespoir de l’esthète et de l’esprit rare révulsé par la crétinisation globale, les désillusions de l’écrivain qui se croyait chéri des éditeurs et découvre – un peu ingénument - la prévisible duplicité d’un milieu, les aigreurs de l’amant revenant sur ses multiples échecs, les colères du Bon Européen devant la lâcheté de nos élites qui rampent aux pieds de l’hyperpuissance, tout serre le cœur. A plusieurs reprises, Matzneff s’exclame qu’il a raté sa vie… sans pour autant le regretter, car il fait sienne la déclaration d’un sénateur vénitien du XVIII° : « ho rinunciato a tutto, tranne a me medesimo ». J’ai renoncé à tout, sauf à moi-même. Aveu plein de panache, qui nous le rend plus aimable encore. Nous, ses cadets, qui sommes nombreux à avoir trouvé en lui un fringant éveilleur, un professeur d’énergie et un intercesseur (combien de lettrés n’ont-ils pas découvert Chestov ou Schopenhauer, Léontiev ou Cioran, par le truchement de Gabriel Matzneff ?), comment ne serions-nous pas bouleversés de le savoir blessé, tel un mousquetaire qui aurait pris un mauvais coup contre les gardes du Cardinal ? Comment ne pas lui témoigner notre gratitude, et notre fidélité ?

Toutefois, sympathie au sens grec de souffrance partagée ne signifie pas pitié. Notre loyauté - il nostro Onore si chiama Fedeltà - nous interdit de masquer notre perplexité, déjà sensible à la lecture des Demoiselles du Taranne. Matzneff entend relever un défi, un de plus : tout se permettre, et tout dire (ou presque). Ce n’est pas l’aimer moins que d’avouer ceci : la comptabilité maniaque des dîners en ville ou au restaurant, le catalogue – si peu érotique – de ses étreintes avec telle pimbêche et/ou telle tendre amie, la liste de ses rencontres avec des notables du Tout-Paris (que nous distinguerons des vrais amis, les Mousquetaires par exemple), lassent le lecteur le mieux disposé. Cristallin, le style sauve l’œuvre, dieux merci, car Matzneff demeure un maître, qui plane haut. Mais, par Jupiter, quelle énergie gaspillée à tant de futilités ! Pas un mot, ou presque, sur la Journée Montherlant, qui rassemble deux cents passionnés devant lesquels Matzneff sanglote en évoquant son ami. En revanche, des pages et des pages sur les « émiles » (les courriels des puristes) et les coups de fil d’une snobinarde, qui se révèle une traîtresse. Quelle complaisance, quel apitoiement sur soi, exprimés avec une naïveté de grand dadais. Quel badinage entre pulsion nihiliste et tentation théologique.

La question que se pose Matzneff, et à laquelle il répond par l’affirmative, est de savoir s’il vaut la peine de (presque) tout transcrire, de tout figer sur le papier, même les ébauches de pensée, parfois mesquines ou tout simplement dénuées d’intérêt (comme chez chacun d’entre nous). Faut-il tout écrire ? Peut-être, par une sorte de catharsis et si l’on est tenaillé comme Matzneff par la hantise de l’oubli – mais feindre une perte de mémoire n’est-il pas parfois préférable au ressassement ? En revanche faudra-t-il publier les dix ou douze volumes qui dorment dans un coffre-fort ? Mystère et confiture, comme dirait Gabriel le Styliste, célèbre anachorète. Des fragments de Journal, reprenant la quintessence des réflexions, ne sont-ils pas préférable à une litanie, monotone comme l’est souvent toute vie ?

Heureusement, il y a the Matzneff touch. Le style, impérial. Impossible de ne pas y revenir, car chez lui, le style sauve l’homme de la folie et l’artiste du néant. Un style qui justifie une existence. Polémiste de race, romancier du bonheur, Matzneff peut nous agacer dans quelques pages de récents Journaux, alors que les plus anciens ne cessent de nous enchanter. Quoi qu’il arrive, il continuera de nous charmer, de nous fortifier par son énergie à combattre l’imposture aux mille faces (ses propos si justes sur la russophobie à la mode, sur les menées américaines dans les Balkans), par son humour ravageur et par ce génie si singulier qu’il illustre dans la transmission d’une flamme, celle de l’éternelle jeunesse. Irremplaçable Matzneff !


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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 22:29
La chose écrite                         
Chroniques littéraires


de Jean Dutourd

Mis en ligne : [4-09-2009]

Domaine : Lettres



Né en 1920, Jean Dutourd est célèbre pour son franc-parler et son sens de la provocation. Sa vie est, dès ses premières années, placée sous le signe de l'évasion. Orphelin de mère à 7 ans, c'est dans l'étude qu'il se réfugie. Deux fois prisonnier durant la Seconde Guerre mondiale, il réussira à s'évader pour poursuivre des études de philosophie. Dès la Libération, Dutourd se consacre à l'écriture et collectionne rapidement les prix littéraires, premiers succès d'estime. En 1952, le prix Interallié le récompense pour Au bon beurre. En 1978, il est élu à l'Académie française. Il a récemment publié Les Perles et les cochons (Plon, 2006), Leporello (Plon, 2007), La grenade et le suppositoire (Plon, 2008).
 

Jean Dutourd, La chose écrite, Paris, Flammarion, Mars 2009, 572 pages.

«Vers l'âge de huit ans, je fis deux découvertes capitales : que les grandes personnes mentaient sans arrêt, mais que les livres rétablissaient la vérité. Les grandes personnes, par leurs leçons et leurs punitions, s'acharnaient à me faire voir le monde tel qu'il n'était pas. Les livres me le montraient tel qu'il était, c'est-à-dire comme je le voyais moi-même. En outre, ils étaient délicieux car ils mettaient la vérité en musique. La vérité était du Mozart avec Voltaire, du Wagner avec Proust, du Beethoven avec Balzac, du Schubert avec Stendhal. La passion du papier imprimé ne m'a jamais quitté, et je dirais presque comme Montesquieu : "L'étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé."»

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 22:29
Le phénomène                         
Soljénitsyne   


de Georges Nivat

Mis en ligne : [1-09-2009]

Domaine : Lettres

soljenitsyne.gif

 

Georges Nivat, slaviste réputé, professeur honoraire à l'Université de Genève, est l'auteur de Vivre en russe (L'Age d'Homme, 2007) et Sites de la mémoire russe (Fayard, 2007).
 

Georges Nivat, Le phénomène Soljénitsyne, Paris, Fayard, Février 2009, 449 pages.

Ce livre embrasse tous les aspects du " phénomène Soljénitsyne " : la naissance d'un athlète de la dissidence, le labeur d'un écrivain comparable à Balzac, l'érection de deux " cathédrales " d'écriture, L'Archipel du Goulag sur la fabrique d'inhumain en utopie, et La Roue rouge sur le "déraillement" de l'histoire russe, enfin, le poète-philosophe des " Miettes en prose ", de La Maison de Matriona, des dialogues stoïciens du Premier Cercle. Alexandre Soljénitsyne lut attentivement la première version de ce livre en russe (publiée à 800 000 exemplaires à Moscou, en pleine perestroïka) et il porta ce jugement : " Une vision littéraire pleine d'acuité, une intuition morale très fine, et des conclusions générales qui visent juste. " (Esquisses d'exil) Le nouvel ouvrage tient compte de plusieurs remarques envoyées par Soljénitsyne à l'auteur. L'ancien volume est totalement refondu et largement augmenté. Georges Nivat y conduit la réflexion littéraire et morale jusqu'au terme de la longue vie d'écrivain-lutteur d'Alexandre Soljénitsyne.

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Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
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